Retour sur « Foot of pride » une pépite « oubliée » de l’album Infidels sorti en 1982 qui marque la rupture avec la trilogie chrétienne
(« slow train », « shot of love », « saved ») ainsi que le retour à un rock plus direct et tapageur, par opposition au gospel et au grand n’importe quoi qui
caractérisait les deux derniers albums de la trilogie, slow train étant lui au contraire très soigné.
Cette chanson réapparaît heureusement en 1991 à l’occasion de la sortie des trois premiers volumes des « bootleg series », sorte de discographie parallèle, paradoxalement souvent nettement plus soignée que certains albums officiels, une sorte de monde souterrain (« basement tapes »…) qui s’avérerait finalement plus lumineux que l’original.
Cette chanson très sombre reprise par Lou Reed lors du concert de 1992 fêtant les cinquante ans de Mister Bob, est une fois encore marquée par une forte influence biblique, qui ajoute en gravité à la poésie un peu indéfinissable (pour ne pas dire improbable) du texte.
Le refrain, qui rythme la chanson “Well, there ain't no goin' back when your foot of pride come down - Ain't no goin' back” s’inspire de l’ancien testament, et en particulier du psaume 36:11 :
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Psalms 36:11 Let not the foot of pride come against me, or the hand of the evil-doers put me out of my place. |
Psaumes 36:11 Que le pied de l`orgueil ne m’atteigne pas, Et que la main des méchants ne me fasse pas fuir! |
Dans ce refrain Bob insiste ad nauseam sur le caractère irréversible de l’atteinte du « pied de l’orgueil », qui se « pose » en contrepoint de la « main des méchants » dans le psaume 36:11.
En clair, on ne se remet pas (on ne revient pas) d’avoir succombé au péché d’orgueil.
Dans le psaume, le pied de l’orgueil (la menace intérieure) enfouie en nous semble même finalement bien plus terrible que la main des méchants (la menace extérieure).
Le dernier couplet (voir plus bas), en plus d’évoquer d’inévitables images d’apocalypse, s’inspire lui très directement des évangiles (Mathieu 8,22 et Luc 9,60) :
« 21 Quelqu'un d'autre, un de ses disciples, lui dit : « Maître, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » 22 Jésus lui répondit : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts. » »
A l’avant dernière phrase du dernier couplet, Dylan écrit ainsi :
« Let the dead bury the dead. Your time will come ».
Le message est nettement plus sombre que celui du Christ des évangiles qui invite les disciples à le suivre sans attendre, sans même enterrer leur propre parent (!), pointant ainsi l’urgence absolue d’aller porter la « bonne parole ». Pour Bob, on a l’impression qu’au contraire tout est perdu, que les ombres vont envahir la terre, et que dans cette ambiance de fin du monde, à quoi bon finalement se donner la peine d’enterrer les morts, puisque nous les rejoindrons bien assez tôt dans la tombe.
Cet emprunt aux évangiles, évoque également une chanson beaucoup plus ancienne (1965) : « It’s all over now baby blue », qui n’était guère plus gaie, et où Bob chantait déjà : « Forget the dead you left, they will not follow you ». Laisse les morts derrière toi, ils ne te suivront pas, une perspective certes un peu plus réjouissante que celle de « Foot of pride » : laisse les morts derrière toi, tu les rejoindras bien assez tôt.
Ci-dessous le texte original et la traduction proposée sur l’excellent site www.bobdylan-fr.com des deux derniers couplets, où Dylan laisse libre court à ses humeurs noires, et nous livre un texte poétique et sombre jusqu’à en être troublant. Cette chanson est indéniablement « touchée » par la profondeur, la gravité, et parfois même la noirceur du nouveau et de l’ancien testament.
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They got some beautiful people out
there, man |
Ils ont de beaux individus là-dehors, l'homme |
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Yes, I guess I loved him too |
Oui je suppose que moi aussi je l'aimais |
« On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas
d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure »
Bernanos
"And the princess and the prince discuss what's real and what is not. It doesn't matter inside
the Gates of Eden"
Bob Dylan
I offered up my innocence and got repaid with scorn.
"Come in", she said,
"I'll give you shelter from the storm."
Bob Dylan