Mardi 29 septembre 2009

 



Retour sur « Foot of pride » une pépite « oubliée » de l’album Infidels sorti en 1982 qui marque la rupture avec la trilogie chrétienne (« slow train », « shot of love », « saved ») ainsi que le retour à un rock plus direct et tapageur, par opposition au gospel et au grand n’importe quoi qui caractérisait les deux derniers albums de la trilogie, slow train étant lui au contraire très soigné.

Cette chanson réapparaît heureusement en 1991 à l’occasion de la sortie des trois premiers volumes des « bootleg series », sorte de discographie parallèle, paradoxalement souvent nettement plus soignée que certains albums officiels, une sorte de monde souterrain (« basement tapes »…) qui s’avérerait finalement plus lumineux que l’original.

Cette chanson très sombre reprise par Lou Reed lors du concert de 1992 fêtant les cinquante ans de Mister Bob, est une fois encore marquée par une forte influence biblique, qui ajoute en gravité à la poésie un peu indéfinissable (pour ne pas dire improbable) du texte.

Le refrain, qui rythme la chanson Well, there ain't no goin' back when your foot of pride come down - Ain't no goin' back” s’inspire de l’ancien testament, et en particulier du psaume 36:11 :

 

Psalms 36:11

Let not the foot of pride come against me, or the hand of the evil-doers put me out of my place.

Psaumes 36:11

Que le pied de l`orgueil ne m’atteigne pas, Et que la main des méchants ne me fasse pas fuir!

Dans ce refrain Bob insiste ad nauseam sur le caractère irréversible de l’atteinte du « pied de l’orgueil », qui se « pose »  en contrepoint de la « main des méchants » dans le psaume 36:11.

En clair, on ne se remet pas (on ne revient pas) d’avoir succombé au péché d’orgueil.

Dans le psaume, le pied de l’orgueil (la menace intérieure) enfouie en nous semble même finalement bien plus terrible que la main des méchants (la menace extérieure).

Le dernier couplet (voir plus bas), en plus d’évoquer d’inévitables images d’apocalypse, s’inspire lui très directement des évangiles (Mathieu 8,22 et Luc 9,60) :

« 21 Quelqu'un d'autre, un de ses disciples, lui dit : « Maître, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » 22 Jésus lui répondit : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts. » »

A l’avant dernière phrase du dernier couplet, Dylan écrit ainsi :

« Let the dead bury the dead. Your time will come ».

Le message est nettement plus sombre que celui du Christ des évangiles qui invite les disciples à le suivre sans attendre, sans même enterrer leur propre parent (!), pointant ainsi l’urgence absolue d’aller porter la « bonne parole ». Pour Bob, on a l’impression qu’au contraire tout est perdu, que les ombres vont envahir la terre, et que dans cette ambiance de fin du monde, à quoi bon finalement se donner la peine d’enterrer les morts, puisque nous les rejoindrons bien assez tôt dans la tombe.

 Cet emprunt  aux évangiles, évoque également une chanson beaucoup plus ancienne (1965) : « It’s all over now baby blue », qui n’était guère plus gaie, et où Bob chantait déjà : « Forget the dead you left, they will not follow you ». Laisse les morts derrière toi, ils ne te suivront pas, une perspective certes un peu plus réjouissante que celle de « Foot of pride » : laisse les morts derrière toi, tu les rejoindras bien assez tôt.

Ci-dessous le texte original et la traduction proposée sur l’excellent site www.bobdylan-fr.com  des deux derniers couplets, où Dylan laisse libre court à ses humeurs noires,  et nous livre un texte poétique et sombre jusqu’à en être troublant. Cette chanson est indéniablement « touchée » par la profondeur, la gravité, et parfois même  la noirceur du nouveau et de l’ancien testament.

 

They got some beautiful people out there, man
They can be a terror to your mind and show you how to hold your tongue
They got mystery written all over their forehead
They kill babies in the crib and say only the good die young
They don't believe in mercy
Judgment on them is something that you'll never see
They can exalt you up or bring you down main route
Turn you into anything that they want you to be

Well, there ain't no goin' back when your foot of pride come down
Ain't no goin' back

Ils ont de beaux individus là-dehors, l'homme
Ils peuvent terroriser ton esprit et te montrer comment tenir ta langue
Le mystère est écrit partout sur leur front
Ils tuent des bébés dans le berceau et disent seuls les meilleurs meurent jeunes
Ils ne croient pas à la pitié
Mais tu ne les verras jamais se juger
Ils peuvent t'exalter ou t'abattre, de la même façon
Faire de toi tout ce qu'ils veulent que tu sois

On ne peut retourner en arrière quand le pied de l'orgueil s'abat
On ne peut retourner en arrière

Yes, I guess I loved him too
I can still see him in my mind climbin' that hill
Did he make it to the top, well he probably did and dropped
Struck down by the strength of the will
Ain't nothin' left here partner, just the dust of a plague that has left this whole town afraid
From now on, this'll be where you're from
Let the dead bury the dead. Your time will come
Let hot iron blow as he raised the shade

Well, there ain't no goin' back when your foot of pride come down
Ain't no goin' back

Oui je suppose que moi aussi je l'aimais
Je le vois encore en train de gravir cette colline
Y est-il arrivé, eh bien oui probablement et il est tombé
Foudroyé par la force de la volonté
Il ne reste rien ici, camarade, juste la poussière d'une peste qui a terrorisé toute cette ville
A partir d'aujourd'hui, c'est de là que tu viens
Que les morts enterrent les morts. Ton heure viendra
Que le fer chaud souffle puisqu'il a réveillé les ombres

On ne peut retourner en arrière quand le pied de l'orgueil s'abat
On ne peut retourner en arrière

 

 

Par Isidore - Publié dans : dylan - Communauté : On the road...
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