Démiurges inconscients
Les blancs lancent l’affrontement
Sans cette étincelle de vie
Les noirs resteraient dans la nuit
Soldats d’ébènes enfermés dans leur cage
Adam et Eve quittent leur paradis d’ivoire
Libèrent les forces maléfiques
Confinées dans leur sombre palais
Allument la flamme noire
Qui réveille les enfants de Lucifer
Si les blancs lancent les hostilités,
Ce sont les noirs qui décident du type de partie,
Ce sont eux qui décident d’une défense sicilienne, ou d’une défense française
Ce sont eux qui décident d’une partie cadenassée, catenaccio à l’italienne,
Ou d’une partie ouverte, débridée, cavaliers flamboyants fonçant sur Austerlitz
Le bien décide d’affronter le mal,
Mais c’est le mal qui décide de la partie à jouer,
Partie longue et âpre, éreintante jusqu’à l’épuisement
Ou partie éclair, rapide et mortelle comme une flèche empoisonnée
Lutte franche et débridée, ou Stalingrad gelée comme un hiver sur la Volga
Pour autant les blancs gardent un coup d’avance,
Ce sont eux qui dictent le tempo, jouez musiciens !
Si les noirs choisissent la partition, le tempo, le souffle appartient aux blancs,
Libre à eux d’essayer d’étouffer l’ennemi par d’incessantes escarmouches,
Ou au contraire de se bâtir une citadelle d’ivoire inviolable
Les noirs tendent le premier piège, sèment embûches et trappes,
Maîtres du temps, les chevaliers blancs restent pourtant
Libres d’accepter un combat frontal,
de batailler pieds à pieds
Dans une guerre de tranchées,
Rude et brutale
Libres d’esquiver la menace,
De se recroqueviller
Repoussant le temps qui passe,
Et son inéluctable vérité
Libres de se lancer à corps perdu
Dans ce combat contre la destinée
Cette partie là sera brève,
Au moins l’auront-ils jouée
Avec le panache de véritables chevaliers